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Depuis plusieurs jours et particulièrement ce samedi, les arts se répandent dans le quartier Saint-Cyprien. Place Olivier, rue de la République, place de lEstrapade et place intérieure, une trentaine dartistes plasticiens occupent le macadam.
Tandis quun curieux personnage déambule au marché, des groupes de jazz se succèdent sur les trottoirs. Inspirés par le festival Garonne, Cypriens et Cypriennes vont swinguer toute la journée sur des airs venus du Mississipi*.
Depuis plus dun an déjà, lassociation culturelle « Les Arts Saint-Cyprien » fait également descendre lart dans la rue au quotidien. Une vingtaine de commerçants du quartier hébergent les oeuvres dune sélection dartistes plasticiens régionaux, dans leurs vitrines ou sur leurs murs.
Passionnés dart et surtout dart de vivre, ils sont une centaine dadhérents à participer à cette exposition permanente. Renouvelée tous les deux mois en moyenne, elle donne un cachet exceptionnel à ce quartier bouillonnant de créativité, et de coups de coeur, en marge des cimaises officielles du musée dart moderne et contemporain, du centre de lAffiche, de lespace culturel, de la galerie du Château deau.
« Je suis née ici et jy vis depuis 40 ans. Nous avons pensé cette « galerue »,
comme une visite guidée du quartier, afin dinciter les gens à en faire le tour
»
Présidente fondatrice de cette structure,
Christine Dondelli essaie par ce biais de motiver ses voisins et détablir un
lien entre artistes, habitants et commerçants indépendants.
« Ces peintures dyeux me choquent. Ça surprend et je préférais nettement la série de paysages en aquarelle, présentée le mois dernier. » Cliente aux Galeries Nouvelles rue de la République, Paulette profite des bonnes affaires chez la lingère en liquidation, tout en regardant « ces choses ». Visiblement la peinture abstraite la laisse de marbre.
À la bijouterie Genève,
difficile de savoir si la boutique accueille dautres chefs doeuvre.
« Les gens ne le savent pas encore. Faute de
place, je ne peux accrocher quune
seule toile. La plupart ne la regardent
même pas. ils pensent que
cest un décor personnel »
regrette la patronne. Chez Jean-Michel Ordener, le marchand de chaussures
implanté depuis 1943, les têtes en plâtre de François Fine ont déserté
momentanément les étagères. « Bien sûr que certains passants poussent
La porte, juste pour jeter un oeil. Nos surfaces de vente sont petites. Cest
bien plus attractif de faire tourner les oeuvres. »
À la boulangerie de la rue
de la République, Michèle vient chercher son pain quotidien :
« Souvent je vais au musée dart
moderne ou aux Augustins. Ici, jadmire même si je nai pas le temps, pour le
plaisir, en achetant une chocolatine. »
Charly, le poissonnier de lEstrapade, nexpose pas beaucoup. Un magnifique poisson en bronze émerge cependant de létal.
Une adéquation réussie. Tout comme la mise en scène des soies peintes de Christophe Blanpain chez Arcs Déco ou les piafs aiguisés de Gilles Claude dans la mercerie À quatre épingles.
La pharmacie centrale offre
une place de choix aux personnages de fil de fer de Joe Big-Big. Ces sculptures
aériennes remportent toujours un vif succès. « Ces ouvrages suscitent
beaucoup de réactions. On sent lintérèt croissant des plus timides, depuis
trois ou quatre mois. »
Parfois amenée à jouer les
guides-conférenciers, Françoise Vignes, la pharmacienne avoue se régaler en
partageant son goût pour lart contemporain.
Accessible au plus grand nombre, lart ainsi présenté devient surtout source de convivialité villageoise.
« Sur ce cadre là, cest une vache
ou un taureau ? »
sinterrogent deux mamies perplexes à la vue
dune toile et qui ne se connaissaient pas jusqualors.
Anne-Marie Bourguignon
* Voir détail de la fête en page 15 et dans lagenda.
best off :
Vous pouvez retrouver les oeuvres dune quarantaine dartistes
présents dans la rue, à la MJC Roguet jusquau 29 juin.